Nasser

 Nasser Hamou-Maamar

62 ans, Chargé de contrats de maintenance / gestionnaire des salles

Infarctus du myocarde – Stents 




Le 18 janvier 2021, alors que je travaillais seul dans le sous-sol de la mairie et faisais l'inventaire, un coup soudain à la poitrine m'a surpris. Je ne savais pas exactement ce que c'était dès le début, mais la douleur a progressivement augmenté. J'avais extrêmement chaud, j'ai consommé au moins 3 à 4 bouteilles d'eau, mais cela n'a rien changé puisque mon tee-shirt était détrempé. Je pensais que c'était un coup de chaleur, alors je me suis assis sur une chaise. À ce moment-là, la tension dans ma poitrine s'est dissipée, mais j'ai ressenti une autre pression dans mes bras. Je me suis demandé : « que se passe-t-il ? ». J'avais quelques connaissances de secours et je crois que c'est ce qui m'a, d'une certaine façon, aidé à me tirer de cette situation.
Dans le cadre de la formation, nous avons reçu des enseignements en premiers secours, y compris les gestes liés au cœur, bien qu'il s'agisse principalement de notions fondamentales. Cependant, cela m'a fait réaliser que c'était mon cœur qui était en difficulté, avec des picotements qui débutaient dans les bras et les jambes.
Quand j'ai tenté de me relever, mes jambes ne m'ont plus soutenu et j'ai finalement réussi à ramper jusqu'à l'ascenseur. Une fois arrivé au premier étage, c'est là qu'ils m'ont remarqué : totalement mouillé, pâle, moi qui d'habitude ai une légère couleur bronzée, j'étais vraiment très pâle. C'est drôle, je percevais les gens plus inquiets que moi. Je donnais des instructions à mes collègues, qui étaient tous réunis autour de moi.
L'intervention des secours a pris du temps, 20 minutes c'est considérable dans un tel contexte, c'est énorme de supporter la douleur pendant ce laps de temps. Quand ils sont enfin arrivés, leur nombre était impressionnant, mais seule une personne prenait la parole. On avait l'impression qu'il contrôlait tout depuis la télécommande et dictait les actions à entreprendre. Parallèlement, il continuait à me parler, m'administrant un sédatif pour me tranquilliser et c'est ainsi que j'ai été évacué.
À l'hôpital, trois ou quatre personnes se trouvaient autour de moi en train de m'expliquer ma situation. J'ai commencé à réaliser que mon cœur ne recevait plus de sang, au niveau de l'artère principale, ils m'ont expliqué ce qu'ils allaient entreprendre.
Lorsqu'on évoque le cœur, on pense à chirurgie, incisions, points de suture, et finalement pas du tout : le médecin qui m'a opéré m'a assuré que ce serait très léger, qu'ils allaient introduire une sonde depuis le bras jusqu'au cœur, effectuer un léger nettoyage et poser un stent : c'était un petit ressort qui assurait l'ouverture de l'artère et une circulation sanguine adéquate. J'ai passé trois jours au département de cardiologie et le quatrième jour, on m'a remis une enveloppe, ce qui signifiait que je pouvais sortir de l'hôpital. Ma famille vient me récupérer et nous faisons un arrêt à la pharmacie.
À la pharmacie, je tends l'enveloppe que je n'avais pas encore ouverte. Je lui fais un rapide résumé de ce qui vient de se passer, puis il ouvre l'enveloppe et découvre une prescription à l'intérieur. Il l'observe tout en restant focalisé sur la prescription : « compte tenu de ce que vous avez traversé, ils ne vous ont donné que des patchs ? ». Le pharmacien me les remet et je repars chez moi.
Je suis sorti un jeudi, et le vendredi tout était en ordre. Le samedi, je vais voir ma famille et le dimanche, mes amis m'invitent à déjeuner chez eux. Je me mets en place et, encore une fois, je vis exactement ce qui m'est arrivé le lundi. Je me sens chaud, j'ai du mal à respirer de nouveau, la douleur refait surface, exactement les mêmes signes que j'ai ressentis lundi. Mes amis composent le numéro des urgences. J'éprouve une douleur intense au ventre et à la poitrine. Je décris à la femme au téléphone mes symptômes. Elle me demande si j'ai pris mes médicaments. Je lui dis que je n'ai pas de médicaments et lui explique tout ce qui s'est déroulé depuis lundi. Elle élève encore la voix en me reprochant que ce n'est pas normal, que j'aurais dû avoir une prescription. Le SAMU se présente, un médecin me fait une piqûre de Trinitrine et je commence à aller mieux.
Dans la salle d'opération, le cardiologue effectue la même procédure sur moi. Je n'ai pas subi d'autres interventions de pose de stents, il a simplement procédé à un nettoyage du même stent, en utilisant l'autre bras. Il répète qu'il est convaincu qu'on m'a donné l'ordonnance pour les médicaments. Je le fixe du regard et lui demande si c'est lui qui me l’a donnée. Il me répond que ce n’est pas possible. C'est lui qui était de service ce jour-là, et je lui ai dit que nous verrions avec lui.
Mon cardiologue reçoit ma famille, et je les observe tous depuis l'autre côté de ma chambre. Il a persisté à affirmer que la responsabilité était de ma part et que l'ordonnance avait été égarée par mes soins. Je lui suggère d'appeler le pharmacien, puisqu'il est celui qui a ouvert l'enveloppe. Cette époque était particulièrement ardue : en 2021, nous étions en pleine crise de Covid, tout le monde souffrait, les services d'urgence et l'hôpital étaient saturés, et le personnel complètement dépassé. « Si j'avais réellement voulu mourir, pensez-vous que je serais vraiment ici ? » : j'y mettais de l'humour, mais un humour mêlé de colère.
La responsable du service a fait une apparition devant moi et m'a dit : « Je suis navrée ». Je lui explique qu'elle n'a pas à s'excuser, je comprends que des erreurs peuvent survenir, mais j'aimerais que l'erreur soit admise et qu'on cesse d'en parler. Nous sommes ici pour progresser, pas pour attribuer la responsabilité à quelqu'un d'autre.
Je lui indique que « les patients qui se trouvent avec vous, sont sous votre responsabilité ». Avant de partir, une infirmière m'a dit : « Vous avez de la chance, monsieur, car vous êtes capable de vous exprimer ». Elle me dit qu'il existe de nombreuses situations similaires, que beaucoup de personnes sont incapables de s'exprimer ou de communiquer efficacement, ne parviennent pas à exprimer leurs pensées, et laissent les choses se détériorer.
L'histoire se termine par cette infirmière qui jette un œil dans le couloir et me dit : « Vous ne revenez pas, n'est-ce pas ? » Par la suite, j'ai passé deux semaines à Bois-Gibert pour recevoir des informations et suivre une rééducation. C'était captivant, cela reflétait en réalité l'état de notre corps et j'ai beaucoup appris à travers eux. Cela m'a fait du bien. Mon frère a succombé à un infarctus aïgu, quatre mois après ma propre crise cardiaque. Et je me dis, si seulement il avait été au courant des symptômes, peut-être qu'il serait encore là.
Je pense qu'il est essentiel, aujourd'hui, que toute personne, qu'elle soit en santé ou non, apprenne les gestes de secours. Ce qui m'a permis d'être présent aujourd'hui et d'exprimer ma situation, c'est que j'ai su réfléchir, contrôler et respirer de manière adéquate sans céder à la panique. Je remercie le formateur. Suite à mon infarctus, j'augmente considérablement ma pratique de la marche et du vélo, car c'est recommandé. En effet, si l'on reste inactif, le corps se modifie. De surcroît, je possède une montre capable d'examiner le corps lors de la marche. Je suis conscient de la vie à ce jour, profitons-en !
Durant toute mon enfance, j'ai joué au football, ce qui faisait de moi une personne très sportive. Je m'inscris pour les 20 km de Tours qui se dérouleront en septembre, j'ai choisi la marche nordique. Pratiquement tous mes collègues de travail y participeront, nous serons donc assez nombreux lors de cet événement. J'ai réalisé que cela peut arriver à tout le monde. Depuis mon infarctus en 2021, j'ai arrêté de fumer et je n'ai pas repris depuis.
Ce qui m'a poussé à cesser de fumer, ce sont les larmes, celles de mes enfants, de ma mère, de mes frères, de ma famille. Pourquoi ? Qu'ai-je fait pour susciter leurs pleurs ? Lorsque j'ai vu mon fils en larmes me prendre dans ses bras, cela m'a profondément touché, bien plus que la souffrance d'un infarctus. Il pleurait par tristesse, pensant qu'il allait perdre son père. Je ne peux pas me permettre de le faire, je ne peux pas leur causer des pleurs et j'ai arrêté de fumer instantanément. Je me suis dit« Si tu désires vivre, si tu souhaites persister, si tu veux découvrir ce que tu n'as pas encore vu, alors fais une pause et c'est moi qui ai décidé d'arrêter seul ».
Il y a une personne qui n’a jamais su ce qu’il s’était passé : j'ai voulu préserver ma mère en lui disant que j'étais à l'hôpital, que j'étais très épuisé. Je suis conscient qu'en vieillissant, face à des nouvelles désagréables ou inacceptables, il y a un risque que cela fasse plus de tort. C'est pourquoi j'ai opté pour le silence. Mon plus jeune frère a tenu le coup, il a alerté nos frères et sœurs tout en veillant sur notre mère.
Ma devise : surtout, si vous avez l'opportunité d'apprendre, renseignez-vous sur toutes sortes de maladies et leurs symptômes, formez-vous sans hésitation. Il existe des organisations et des services dédiés à nous enseigner les gestes de secours. Quand je repense aux premiers secours que j'ai acquis durant mes années d'animation, je trouve ça génial. Actuellement, je suis formé en premiers secours, sécurité incendie, utilisation d'extincteurs, défibrillateurs automatiques… Formez-vous, maîtrisez les gestes qui sauvent !


Si je suis encore là aujourd’hui, c'est grâce à ma formation des gestes qui sauvent. Je dis merci au formateur. 
Formez-vous, maîtrisez les gestes qui sauvent !